La Science-fiction s’écrit-elle au futur ou au présent ? 
À l’heure des objets connectés et géolocalisés qui envahissent nos foyers, de l’usage plus ou moins dépendant de nos smartphones comme de petits cerveaux externalisés, de la consommation massive de Data et du partage de nos données personnelles qui alimentent les GAFA ces « Géants du Web » dont on aime dénoncer l’emprise hégémonique sur les gouvernements politiques, du télétravail et de l’évaluation permanente de chacun... Comment la technologie dirige-t-elle l’évolution de nos sociétés ? Le Clair Obscur a initié son Laboratoire Dystopique avec #SOFTLOVE d’Eric Sadin et poursuit son investigation prospectiviste, avec cette suite logique : en laboratoire de forme et laboratoire d’idées. Il s’agit d’agir à proposer à différents modèles de sociétés et de les confronter afin de nous aider à envisager un “futur désirable”. A travers des perspectives de pensées qui font la nique à l’innovation. Au travers de nouvelles façons d'être soi, du sortir de l’emprise de son techno-cocon. — Les Furtifs se situe en 2040 à Orange où l’humain, soumis aux technologies, est en proie à la dévitalisation, et raconte la quête d’un père pour sa fille disparue avec des Furtifs, sorte de bestioles, chimères invisibles, telles qu’il faudra des chasseurs ultra formés, ultra équipés pour les déloger... Êtres d’un autre ordre, naturel et sauvage, dont la technologie aurait enfin su capter la présence... Sont-ce des mutations ? Des devenir ? Ou des êtres parallèles évoluant à l'abri dans l’invisible depuis des milliers d’années ? Le roman suit la quête de ce chasseur de Furtifs malgré lui, à (re)trouver à travers sa traque initiatique, non plus sa puissance décuplée par les machines mais progressivement son pouvoir, sa capacité d’autonomie, sa capacité d’écoute et de perception du monde... à retrouver son Vif, enfouis. Apprendre peut-être à devenir furtif lui-même, pour (les) comprendre, celui-là même enfoui en chacun de ce que l’humaniste Alain Damasio tente de réveiller en nous. Un théâtre comme un échantillon des vivants, mis en situations, en proie au contrôle par les technologies, puis sa zone de réalisation au dehors, de sa catharsis dans la révolte à son aspiration plus spirituelle. Les Furtifs est une digne réponse à notre cycle de recherches technocritique entamé il y a quelques années déjà.  

Podcast :

« [Dans les Furtifs] Les villes sont rachetées par des multinationales suite à des faillites financières du fait de leur endettement. Les agglomérations les plus intéressantes ont été rachetées par des groupes qui les gèrent non pas avec un système d’impôts mais un système de forfaits : standard, premium, privilège. Si tu es standard, tu as accès à 50 % des rues, des places, des squares de la ville. Tu te retrouves dans des squares saturés avec tous les mômes ; il y a des embouteillages tout le temps ; tu te tapes tous les endroits où il y a trop de monde. Avec le forfait premium, tu as accès à 70 % de la ville et, avec le privilège, à 100 %. Tout ceci est contrôlé via une bague connectée par des systèmes de géolocalisation, d’amendes automatisées... Ça décompte directement, si tu es citoyen standard et que tu es dans la mauvaise rue, tu te prends des prunes et au bout d’un moment tu arrêtes d’y aller. Si tu persévères, on envoie les drones et au pire les humains – parce que ça coûte trop cher les humains...

Paris a été racheté par LVMH parce que c’est la ville du luxe, Orange [où se situe notre action] est devenu une mégalopole, a été racheté par Orange parce que la marque était déjà là, Lyon par Nestlé parce que c’est la capitale de la gastronomie, Cannes par la Warner parce que c’est le cinéma. Toutes les villes intéressantes ont été rachetées et les autres sont laissées en autogestion par les citoyens, ce qui permet les utopies. Donc, tu as des utopies d’extrême droite et puis des utopies communistes, anarchistes... Le capitalisme a cessé de vouloir gérer l’ensemble de la société et s’est concentré sur des pôles. On voit des régions qui deviennent très fortes – la Lombardie en Italie, par exemple – et c’est là qu’on trouve toutes les élites, les capitaux, les investissements. Et on laisse tomber les autres zones, on s’en fout. Mais ça ouvre mine de rien des espaces, des interstices – si les communes s’écroulent, si les villes s’écroulent, ça peut amener à un nouveau système politique... »     Alain DAMASIO

[[[ Création janvier 2020 pour le festival "Sors de ce corps" / Biennale NEMO ]]]

Coproductions : La Comédie de Reims, Biennale NEMO, L’Hexagone (Meylan), SN61, La Folie Numérique, Région Normandie, DRAC, Ville de Caen. Résidences et Partenaires: Scène Nationale 61, Parc de la Villette, Festival ]Interstice[, Le Shadok, Le Bliiida (Metz), Red Corner, Editions La Volte.

Conception / Mise en scène / Son :
Frédéric DESLIAS

D'après le roman d'Alain DAMASIO

Assistante : Christine CARADEC

Développement informatique :
Thomas PACHOUD, Ben KUPPER

Création 3D :
Hugo ARCIER

Lumières :
Julien DUBUC

Avec :
Guillaume HINCKY
Jana KLEIN
Benjamin MAYET
Agathe CEMIN

Costumes :
Dorota KLESZCZ

Scénographie / Design :
Laura COUTO ROSADO

Dramaturgie et regard extérieur :
Cathy BLISSON

Production :
Dorine DZYCZKO

Administration :
Christine CARADEC